Pourquoi le protocole AMP de Google fait-il autant parler de lui ?

Si vous suivez un peu l’actualité autour du moteur de recherche Google, vous n’êtes pas sans savoir qu’un protocole mobile a vu le jour il y a quelques mois : il s’agit de l’Accelerated Mobile Pages ou AMP. Ce projet, dérivé d’une spécification Open Source, est louable à plus d’un titre puisqu’il tend à vouloir améliorer le temps de chargement des pages et par conséquent la navigation mobile sur Internet. Mais il fait actuellement l’objet de très vives critiques et de nombreux débats… Découvrons pourquoi.

AMP : quel but ? Depuis quand ?

La technologie AMP a été dévoilée au grand public en 2015. Créé par le géant Californien Google, ce protocole vise en premier lieu à concurrencer Facebook avec son Instant Article et Apple avec les Apple News. Ce qui se passe aujourd’hui entre ces trois géants est symptomatique des bouleversements qui s’opèrent en coulisse. En effet, l’Internet mobile ne cesse de gagner des parts de marché et d’en grignoter sur l’Internet dit de bureau. Aujourd’hui, il y a plus de personnes qui font des recherches ou qui se documentent avec leur téléphone ou leur tablette que d’utilisateurs qui font la même chose avec leur ordinateur. Ce changement de pied engendre des répercutions vectrices de nouveautés et donc de luttes acharnées. De fait, qu’il s’agisse de Google, Facebook ou d’Apple, tous veulent améliorer l’expérience de l’utilisateur et notamment la rapidité de chargement des pages via un protocole qui serait de leur propre crû. AMP est ainsi né de la volonté de Google d’offrir au monde sa version d’une technologie pour naviguer plus rapidement sur mobile. Les premières intégrations de cette technologie ont vu le jour il y a un peu plus d’un an, en février 2016 plus exactement.

AMP : comment ça marche ?

AMP compresse les pages web pour les rendre plus légères. Pour cela, 3 technologies sont à l’oeuvre :

  • L’AMP HTML est un dérivé du langage HTML classique, disposant de directives propres et de nombreuses restrictions. Quand certains tags HTML sont conservés, d’autres sont remplacés par des tags spécifiques à l’AMP HTML. Par exemple, le tag amp-img propose un support de srcset alors même que certains navigateurs web ne le supportent (toujours) pas.
  • L’AMP JavaScript est un framework spécialement conçu pour un usage mobile. En substance, ce framework gère la gestion des ressources et le chargement asynchrone. Notez bien que AMP oblige les scripts en dehors de son propre éco-système à être asynchrone. Le rendu final se voit ainsi sécurisé d’un blocage externe intempestif. Enfin, le framework inclus un contrôle des iframes, un pré-calcul des éléments de la page avant que les ressources soient allouées et une désactivation des sélecteurs CSS particulièrement gourmands.
  • L’AMP Cache vous permet l’utilisation d’un Content Delivery Network (ou CDN, pour réseau de diffusion de contenu). Le cache AMP de Google va alors extraire les données en AMP HTML, les mettre en cache et réaliser automatiquement des optimisations de performance. De plus, en utilisant le CDN de Google, tous les types de contenu (page, images, Javascript, etc.) se verront envoyer en HTTP 2.0 et par le même serveur, augmentant de facto encore un plus la rapidité d’affichage.

AMP : concrètement, ça donne quoi ?

En règle générale, quand Google pointe le doigt pour donner une direction à prendre, le troupeau suit sans rechigner. Et c’est ainsi que AMP a déferlé sur la Toile. En l’espace d’un an ont poussé plus de 2 milliards de pages web utilisant ce protocole, pour environ 900 000 noms de domaine. L’expansion du géant Californien est en marche et n’est pas prête de s’arrêter. Désormais, Google oriente sa technologie afin d’évangéliser les sites e-commerces et, tant qu’à faire, dans le but de toucher toujours plus d’utilisateurs mobiles avec ses formats publicitaires.

En effet, la publicité en ligne est un autre point de cristallisation. C’est elle qui fait tourner l’industrie du web outre-Atlantique. C’est d’ailleurs la majeure partie des revenus d’entreprises telles que Google et Facebook. Ne pas être leader sur le secteur du mobile, c’est perdre une quantité astronomique d’argent à moyen et long terme. Si, de nos jours, nous ne savons pas qui va gagner cette bataille, la guerre, elle, est très loin d’être terminée et ne fait même que commencer ! Nous ne sommes qu’aux prémices d’une révolution totale de la manière dont nous utilisons notre téléphone comme une extension de nous-même. Chaque époque aura eu ses gagnants : Microsoft a vaincu IBM, Google a écrasé AltaVista puis Yahoo! et Bing, Facebook a détrôné MySpace… Qu’en sera-t-il de la prochaine décennie ?

AMP : qu’est-ce qui ne va pas ?

Si à première vue le consommateur ne peut que se féliciter de cette concurrence pour son futur confort personnel, en coulisses, rien ne va plus. D’abord pour les éditeurs, qui voient une nouvelle fois la patte de Google interférer dans leur contenu éditorial. Après les contestations historiques des Google Actualités en France mais aussi en Allemagne, en Belgique, en Espagne, etc., c’est au tour du protocole AMP d’être sur le devant de la scène. Il est aujourd’hui reproché à Google d’héberger les pages AMP sur son propre serveur en lieu et place du serveur de l’éditeur d’origine. Et c’est là que le bât blesse : sur une plateforme comme Medium, vous pouvez certes avoir accès à tout un tas de fonctionnalités de publication si vous déniez publier dessus. Mais c’est votre libre arbitre. Ici, Google n’en a que faire de qui écrit quoi. Si c’est de l’AMP, il analyse, consomme puis restitue en dépossédant l’éditeur de son propre contenu.

Internet n’est pas un maelstrom où une seule entité peut s’octroyer le fait d’archiver tout ce qu’il se trouve sur le réseau. Internet est basé sur un système en toile d’araignée, où chaque site permet ou non de faire des liens vers d’autres sites. À aucun moment, il n’a été décidé, ni même souhaité, qu’une seule entité se devait de concentrer toute l’information en un point unique. C’est pourtant ce que Google essaie de faire. Jusqu’à preuve du contraire, vous vous devez de pouvoir rester maître de votre contenu. Pire encore, nous pourrions nous retrouver dans un web où une seule entité régnerait et où vous ne quitteriez jamais ses services, sauf cas exceptionnels. Google est tentaculaire. Recherche avec Google Search, e-mails avec GMail, vidéos avec YouTube, actualités avec Google Actualités, téléphonie avec Android, navigateur avec Google Chrome, publicités avec Google Adsense et Google Adwords, GPS avec Google Maps, imagerie avec Picasa, etc. Un jour, vous pourriez ne plus avoir à quitter la sphère Google. Si les éditeurs font actuellement barrage contre Google, c’est, bien sûr, pour les droits d’auteurs mais aussi, et surtout, pour l’utilisateur. Souhaiteriez-vous vivre dans un monde où Google épierait vos moindres faits et gestes ? Nous n’en sommes pas encore là, pour autant, c’est bel et bien ce qu’il se profile à l’horizon. L’hégémonie d’une entreprise n’est bon pour personne. Ni pour elle, ni pour nous.

Alors, oui, AMP est une bonne technologie et une grande innovation pour améliorer la navigation sur mobile. Mais le progrès et les changements ne doivent jamais aller à l’encontre des droits et libertés des éditeurs et des utilisateurs. Comme disait Benjamin Franklin en son temps : “Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux.” L’analogue est frappante. Nous laissons petit à petit nos libertés à des entreprises. Avant la chute du mur de Berlin en Allemagne, la Stasi s’était donnée le but de ficher tous les Allemands de l’Est. Cette organisation souhaitait connaître tout des individus sur son territoire. Cette comparaison peut en choquer plus d’un. Pourtant, en 2017, c’est nous qui donnons gratuitement des informations. Nous livrons de notre propre chef des centaines de téraoctets d’informations et de données plus ou moins confidentielles à des sociétés qui n’ont que faire de nos libertés et de nos droits. Google, Facebook, Apple, Amazon… En définitive, si AMP est une bonne idée, c’est la (nouvelle) goutte qui aura (re)fait déborder le vase.

AMP : dans les faits, qu’en est-il ?

D’une manière plus factuelle et moins philosophique…

Les points positifs

  1. C’est plus rapide sur mobile. Fini les temps d’attente pour charger vos pages. Vous perdez souvent des visiteurs à cause de ça. Ici, ça se charge instantanément. C’est bon pour l’utilisateur, donc c’est bon pour vous.
  2. Vous êtes plébiscité par Google. En effet, si votre contenu correspond à la recherche, vous êtes propulsé directement en haut de page des résultats de recherche. C’est un formidable vecteur de communication pour vos contenus éditoriaux.
  3. Plus de monde va lire vos contenus. Si vous êtes en haut, plus de monde va interagir sur vos contenus. C’est un bon moyen de construire du lien avec les utilisateurs des réseaux sociaux, avides d’informations rapides mais de qualité.
  4. La publicité cartonne. AMP est en mesure de mettre en branle les bloqueurs de publicités comme AdBlock et de proposer des formats publicitaires particulièrement intrusifs. Vos revenus sont susceptibles d’augmenter, au détriment de l’expérience de l’utilisateur…
  5. Google Analytics prend en compte les statistiques ! Vous pouvez continuer à analyser votre audience comme si de rien n’était. Mesurer les pages vues, les interactions sociales, les spécificités techniques de vos visiteurs, etc.

Les points négatifs

  1. Vous augmentez le taux de rebond. En accédant à une page AMP, l’utilisateur reste dans l’écosystème de Google. Il suffit de cliquer sur la croix ou de glisser son doigt pour partir aussi sec de votre page une fois l’information consommée. À vous de trouver les solutions pour convertir cette visite en engagement. Misez sur la qualité et la pertinence !
  2. Le JavaScript externe n’est pas autorisé. Cela fait perdre beaucoup d’interactivités à vos pages web.
  3. Les pages dynamiques, c’est compliqué. Le cache vous coupe de beaucoup de possibilités, surtout si votre site est souvent mis à jour.
  4. Marque en perte de visibilité. Vous êtes dans l’écosystème de Google, l’utilisateur pense donc qu’il est sur Google, pas chez vous.
  5. C’est compliqué pour l’e-commerce. Les restrictions liées au protocole influent logiquement sur les difficultés d’implémentation.
  6. Votre charte graphique devient limitée. Puisque le site se doit d’être rapide, il est nécessaire de faire des coupes dans votre design.
  7. Le contenu dupliqué peut inquiéter. Ne négligez pas votre référencement SEO, appliquez les tags adéquats sur vos pages AMP.

En conclusion

Pour conclure sur une note plus douce, nous espérons que cet article vous aura fait comprendre l’un des plus gros enjeux du web actuel. Il ne tient qu’à vous désormais de peser le pour et le contre. Chez CodeBuilder.fr, malgré nos réticences à voir notre contenu éditorial s’évaporer, nous avons fait le choix de mettre en place le protocole AMP. Malheureusement, Google sait très bien comment manier la chèvre et le chou. En donnant plus de visibilité à AMP sur ses pages de résultats et un grand coup de pouce à leur monétisation, Google entend ainsi infléchir une certaine vision manichéenne de son hégémonie. Pour autant, nous ne sommes pas dupes. Et, quand bien même nous avons fait le choix de proposer à nos internautes de naviguer sur cette technologie, nous leur proposons aussi une expérience des plus agréable avec un site responsive et aux dernières normes de compatibilité et de respect des standards du W3C. Nous considérons la pluralité de nos services comme un grand bénéfice. Car, en définitive, ce qui compte, c’est d’offrir un large choix à l’utilisateur. Ainsi, il reste maître de ses décisions.

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